Fini le temps des controverses, le Chateaubriand est adopté et fait partie de la famille. Pendant longtemps, des commentaires peu engageants apparaissaient ici et là à propos de la cuisine d’Inaki. Sujet à polémiques, elle semblait difficile d’accès et appréciée, uniquement, de quelques gourmets « entraînés ». A croire que tout le monde a fait l’effort de cet entraînement car, aujourd’hui, le style Inaki est entré dans les mœurs et est largement aimé du plus grand nombre…
Aujourd’hui, c’est moi qui prends la main d’autres gourmands pour les amener à découvrir cette maison. Bien entendu, je les préviens qu’ils ne vont pas entrer dans le monde feutré et calme d’une maison étoilée. Ne nous y trompons pas, le Chateaubriand est un bistrot. Un peu bruyant et même, disons-le, à la limite du « bordélique ». Je mets ce mot entre guillemet car c’est un bordel joyeux et plein de vie comme on les aime. Ambiance « speed » des bistrots parisiens trop pleins où les clients se serrent pour se laisser une petite place tandis que d’autres clients attendent impatiemment au bar, la libération d’une table, et que les serveurs naviguent courageusement entre les chaises. Le Vrai Paris Bistrot retrouvé.
Par contre, dans les assiettes, point question de bordel. Une cuisine précise et délicate. Presque féminine. Des ingrédients de qualité. Des accords nouveaux qui donnent envie de se mettre aux fourneaux pour se les approprier. Bref, une cuisine rafraîchissante pour le corps et l’esprit.
Ce soir-là, je suis accompagnée de ma Fine Gastronome, Aurélie (qui connaît la maison), et de 3 amis Chefs au palais bien aiguisé. Très intéressant de vivre leur première expérience au Château ‘.
Chouquette… Les 4 palais de Chefs soupçonnent un cœur de mousseline de pomme de terre ou quelque chose. Le moelleux caché de la chouquette nous interpelle…
Eau… Issue d’une marinade… mais le sujet de la marinade n’est pas présent. Amusant. C’est marin… Un dé d’avocat pour le support.
Pétoncle noire & truffe
Gambas à la plancha sur une seule face… Vin, poitrine, olive, pétale de rose… Particulièrement aimé le trio gambas, olive (présente en pâte) et rose… Je retiens… Sans oublier le côté crû de la gamba qui me ramène inévitablement à de merveilleux moments gourmands chez Quique DACOSTA… Juste pour ce voyage dans mes souvenirs, je remercie la maison…

Bouillabaisse… Vinaigre, estragon, kumquat, citron… Et ses mini légumes qui se dévoilent… Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise !? Un Chef (et son équipe…) qui réussit à enfermer autant de goûts et un si bel équilibre dans un si petit bol, juste pour un amuse-bouche, moi, ça me touche et me donne des frissons d’émotions. Je me dis que ce Chef-là, il a une sacrée dose d’envie de faire plaisir à ses clients et une dose tout aussi énorme de volonté de bien faire. Et c’est tant mieux pour nous !
Saint-Jacques, chou-fleur, café … Mince… Et en plus, c’est beau !… Ce soir, cette assiette sera mon élue… La fine lamelle de chou-fleur, au profil de mini baobab, posée là, sur chaque tranche de Saint-Jacques… La lumière de la vinaigrette à l’huile de café, qui se laisse capter sans résister par l’appareil photo et le palais… La note acidulée du citron caviar. Et cette idée à retenir du câpre séché-grillé qui s’éclate dans votre bouche… Fan, fan, fan… Je suis fan !
Fish & chips… Lieu jaune en tempura, à la cuisson rosée comme je l’aime, salsifi, tandoori, tabasco, pommes de terre cuites dans le fumet, et cette petite « mayo » citron et piment… Je ne vais pas encore vous inonder de blabla sur cette assiette. Elle est impeccable et le silence s’installe… Pourtant, pour faire taire les 5 bavards que nous sommes… ;) … Chut, on savoure…
Pigeon, asperges… Herbes, sésame, cumin, coriandre grains, sarrasin… Quand cet ensemble a fini de me donner du plaisir, je ne peux laisser de jus dans le fond de mon assiette. Bon pain de la maison… Et là, allez savoir pourquoi, mon morceau de bon pain ensaucé du jus parfumé aux herbes et aux épices prend des arômes de pain d’épices totalement inattendus et envoutants… Un de ces « seconds effets kiss cool » qui s’invitent sans frapper, au détour d’une assiette. Un de ces petits suppléments de bonheur qui me font aimer manger à chaque fois, un peu plus… Zut, je n’ai plus de jus pour renouveler l’expérience…
Endive, orange, olive… Feuille d’endive confite en sirop légèrement sucré, orange en sorbet, olive en sable… Oh, ça devient agaçant ! Il réussit donc à chaque fois ? Ne va-t-il donc jamais y avoir d’ensemble où je me dise, ah, tiens, là, non, j’aime moins ?… Zut, je sens déjà monter en moi des envies de revenir…
Chocolat, céléri… Là, il ne va tout de même pas y arriver ? Comment peut-on obtenir notre approbation sur un duo aussi, a priori, compliqué ?… Biscuit chocolat, poudre cacao et céléri branche – c’est donc là qu’il s’est glissé ;) -, chantilly légère et gavottes… Ok, j’abandonne totalement l’idée de ne pas aimer le culot de la maison… Oui, je pense qu’il faut être un peu culotté et provocateur pour proposer le céléri branche sur un dessert chocolaté… Mais je commence réellement à croire qu’Inaki saurait transformer n’importe quel panier imposé en expérience palatine inoubliable… Le céléri est remarquablement amené et travaillé pour adoucir l’amer cacao, par sa fraîcheur et son acidulé… Le salé et le croustillant bretonneux des gavottes là-dessus et …
… bon, bah, je vais réserver ma prochaine expérience…
Ananas et mélange indien… pour nous dire aurevoir et à bientôt!









walter dit :
4 mars, 2011 @ 15 h 50 min
Enorme… et quel culot ! comme j’aimerais faire tout ça ici ;)) qui sait, la route est libre en Uruguay ! Merci pour le partage !